Article de Alternatives-économiques

Ne cherchez pas à joindre un salarié français au mois d'août, ni pendant les innombrables viaducs du mois de mai. Entre les jours fériés, les RTT, les arrêts maladie et les départs précoces à la retraite, nous serions les champions des doigts de pied en éventail. Une réputation pourtant grandement usurpée.

35,7 heures

En matière de temps de travail, les études internationales ne cessent de nous reléguer en queue de peloton, mais la plupart d'entre elles comprennent un sérieux biais : ces statistiques ne prennent le plus souvent en compte que les salariés à temps plein. En temps de travail effectif par semaine, selon les derniers chiffres d'Eurostat qui portent sur 2014, les Français employés à temps plein travaillent en effet sensiblement moins (38,8 h) que les Britanniques (41,3 h), les Allemands (41,4 h) ou encore les Espagnols (40,7 h).

Mais si on prend également en compte les temps partiels, la photographie change notablement. Avec 22,1 h par semaine en moyenne, les temps partiels hexagonaux sont en effet à la fois plus longs et moins fréquents que chez la plupart de nos voisins européens (la moyenne de l'Union est de 20,1 h). Du coup, nous travaillons en réalité globalement plus chaque semaine (35,7 h) que les Allemands (35,3 h) et les Britanniques (35,6 h). Sans parler des Néerlandais (31,6 h). Et sur le plan économique, c'est bien cette moyenne globale qui compte.

34,6 années au travail

Les détracteurs du modèle français pointent également la faible durée du travail sur l'ensemble de la vie, inférieure à celles de nos voisins. En moyenne, nous travaillons en effet 34,6 années [1], juste en dessous de la moyenne européenne (35 années), contre 37,5 pour les Allemands, 38,1 pour les Britanniques, mais aussi 30 ans pour les Italiens. Cette donne est pourtant en train de changer rapidement sous l'effet des réformes successives des retraites. L'âge de départ moyen à la retraite ne cesse de reculer. Il est déjà passé de 61,4 ans en 2010 à 62,3 ans en 2014, rappelle la Cnav.

Cette supposée paresse ne nous empêche pas, en tout cas, de figurer parmi les plus productifs au monde (voir graphique). Selon Eurostat, nous produisons en moyenne 46,50 euros de richesses par heure de travail, contre 39,20 euros pour les Britanniques et 44,80 euros pour les Allemands.

Nos petits boulots

Non seulement les Français n'aligneraient pas suffisamment d'heures de travail, mais ils feraient la fine bouche et n'accepteraient ni déclassement, ni petits jobs, ni contrats temporaires : attendant, à la maison, la fin de leurs généreuses indemnités de Pôle emploi. C'est malheureusement faux. Nous sommes encore loin de l'explosion des petits boulots d'auto-entrepreneurs britanniques ou espagnols, qui ont foisonné depuis la crise de 2008, mais nous en comptions déjà 984 000 à fin mai 2014, selon l'Acoss. Avec pour la moitié d'entre eux un chiffre d'affaires nul et un tiers déclarant 1 000 euros mensuels. Les Français courent aussi les agences d'intérim, "premier recruteur de France", avec 520 000 intérimaires en équivalents temps plein pour 2014.

Du côté des emplois, si le CDI reste la norme (en stock), 85 % des entrées sur le marché du travail se font en CDD. Les employeurs peuvent puiser dans des dizaines de contrats précaires différents. Ce développement massif des "petits boulots" se traduit notamment par la hausse continue du nombre des demandeurs d'emplois en activité réduite : à fin mai, 1,8 million de demandeurs d'emploi travaillaient occasionnellement, et le nombre des chômeurs de catégorie B (moins de 78 heures dans le mois) et C (plus de 78 heures dans le mois) avait respectivement augmenté de 6,1 % et de 15 % sur un an. Nous n'avons, hélas, plus grand-chose à envier aux mini-jobs allemands, aux "zéro heure" britanniques et aux "mileuristas" espagnols qui vivent avec des salaires mensuels de 1 000 euros.