L'Etat français dépense trop ! Pour de nombreux observateurs, ce serait même la principale cause des maux du pays. De fait, les dépenses de l'ensemble des administrations publiques, Etat et collectivités locales, mais aussi Sécurité sociale, ont représenté 57,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2014, selon la Commission européenne, soit 8 points de PIB au-dessus de la moyenne de la zone euro.

Ce qui place la France au deuxième rang des pays les plus dépensiers de l'Union européenne, juste derrière le Danemark. Pour autant, à condition que ces dépenses soient efficaces, ce qui n'est pas toujours le cas, un haut niveau de dépenses publiques n'est pas en soi un problème. Au contraire.

Gaspillage ou redistribution ?

Tout d'abord, on confond souvent dans ce débat dépenses publiques et coût de fonctionnement de l'Etat employeur-producteur. Pour les détracteurs des dépenses publiques, leur haut niveau est en effet forcément le signe d'un immense gâchis bureaucratique.

Les deux tiers de ces dépenses sont des prélèvements sociaux redistribués sous forme de subventions. Or, pour l'essentiel, ce niveau n'a rien à voir avec la bureaucratie étatique : en France, les deux tiers de ces dépenses consistent en de l'argent qui, d'un côté, est prélevé par l'Etat sous forme d'impôts et de cotisations sociales pour, de l'autre, être immédiatement redistribué aux Français sous forme de subventions diverses et, surtout, de dépenses de protection sociale.

Celles-ci sont en effet particulièrement importantes : par rapport au reste de l'Europe, l'Hexagone consacre en moyenne 3,9 points de PIB en plus à son système de protection sociale. Mais les Français utilisent ensuite ces revenus, qui ne font que transiter par la sphère publique, dans le secteur privé marchand.

La part belle aux retraites et à la santé

Ce niveau élevé de dépenses publiques dans les domaines de la santé ou des retraites correspond au choix d'une protection sociale universelle, financée par les cotisations. Par opposition au choix dominant dans les pays anglo-saxons ou latins, qui se limitent à un filet de sécurité public réservé aux plus pauvres. Laissant les autres souscrire eux-mêmes une protection privée, qui n'apparaît pas dans les comptes publics.

Ce parti pris n'implique cependant absolument pas que le coût des services correspondants soit au final plus élevé pour les Français.Le coût de la santé en France est très inférieur à ce qu'il est aux Etats-UnisAu contraire : le coût de la santé en France est très inférieur à ce qu'il est aux Etats-Unis. Tout en limitant les inégalités dans l'accès aux soins par rapport à ces derniers, même si la situation est très loin d'être idéale sur ce plan. Le système solidaire de santé en France est en effet gravement mité par les dépassements d'honoraires des médecins. Par ailleurs, la place croissante qu'y tiennent les assurances complémentaires aggrave les inégalités face à la santé.

Un système plus égalitaire

Quant aux retraites, auxquelles la puissance publique consacre environ 14 % du PIB, contre 8 % à 11 % dans le reste de l'Union européenne, elles ne reviennent au final pas plus cher qu'ailleurs. Illustration avec l'Allemagne : si l'on s'en tient aux données sur les dépenses publiques de retraite, 4,4 points séparent nos deux pays. 15 % des Allemands retraités touchent moins de 60 % du revenu médian, contre 8 % des FrançaisMais si l'on ajoute les systèmes privés, très en vogue outre-Rhin, l'écart n'est plus que de 1 point. En revanche, ce choix de miser sur des systèmes privés pour les retraites accentue fortement les inégalités : 15 % des Allemands retraités touchent moins de 60 % du revenu médian, contre 8 % des Français…

Par ailleurs, le niveau actuel des dépenses de retraite reflète les règles en vigueur dans le passé. Selon les projections de la Commission européenne, la France devrait être un des pays d'Europe dont la part du PIB consacrée aux retraites augmente le moins au cours des prochaines décennies du fait des multiples réformes du système menées depuis le début des années 1990. Si bien que la question principale aujourd'hui est probablement plutôt de savoir si on n'est pas allé trop loin dans ce sens, au risque de connaître dans le futur une forte remontée de la pauvreté chez les personnes âgées.

19/08/2015